Sables
| Dans les citations, les gras sont de nous. |
Auteurs : Denis Baize et Pierre Morlon
| Le point de vue de... | |
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| Annexes de l'article | |
| Voir aussi (articles complémentaires) | |
| Autres langues | |
| Anglais : | sand |
| Allemand : | Sand |
| Espagnol : | arena |
| Italien : | sabbia |
| Portugais : | areia |
| Informations complémentaires | |
Article accepté le 15 septembre 2026
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Définitions
Le sable est un matériau connu de tous. Mais le sable des bacs à sable pour les petits enfants n’est pas (pas forcément) le même que celui des plages, des dunes du désert, celui qu’on mélange au ciment pour faire du mortier ou du béton, celui qu’on utilise dans des filtres, celui qui sert à fabriquer du verre, voire celui dans lequel on cultive des asperges...
Au sens commun : « Substance minérale, pulvérulente, provenant de la désagrégation, par les eaux, des roches calcaires, granitiques, siliceuses, etc. qui se trouve dans le lit des rivières, sur les bords de la mer, qui forme les dunes, les déserts, et qui entre pour une certaine proportion dans les terrains d'alluvion » (dictionnaire Littré, site consulté le 19 mai 2026). Dans cette définition, « pulvérulente » devrait être remplacée par « granulaire » car il ne s’agit nullement de poudre mais de grains.
Actuellement, aux plans scientifique et technique, le mot sable désigne différentes réalités, définies par leur |granulométrie.
Une classe granulométrique de particules
En agronomie, pédologie et sédimentologie, il s’agit des particules minérales de dimensions comprises entre 50 (ou 63) µm et 2000 µm (2 mm).
Termes recommandés : fractions sables, fractions sableuses, sables fins, sables grossiers.
Anglais : sand fraction(s), fine sands, coarse sands, etc.
Les limites de dimensions séparant limons et sables d’une part, et sables et graviers d’autre part sont traitées à l’annexe 4. Les fractions granulométriques sableuses peuvent être subdivisées en 2 ou 5 sous-fractions (voir annexe 1).
Remarque : avant que l’agronomie française adopte la classe granulométrique limon vers 1930, les particules qui la composent étaient classées soit comme « argile », soit comme « sable fin ». En 1898 encore, le Ministère de l’Agriculture publie un manuel des Méthodes d’analyses des terres, rédigé par le Comité consultatif des Stations agronomiques et des laboratoires agricoles, présidé par Tisserand et comptant parmi ses membres Grandeau, Risler et Müntz. À la rubrique « ANALYSE MÉCANIQUE » on peut lire : « Au point de vue de sa constitution mécanique, la terre est essentiellement formée de quatre éléments : le sable, l’argile, le calcaire et l’humus. (…) La partie insoluble contient le sable siliceux fin, l’argile et la matière humique » (p. 9-10). Le mot limon n’y figure pas.
De par leur masse relativement importante, les grains de sables ne peuvent pas voler, à la différence des particules limoneuses beaucoup plus petites. Les grains de sables se déplacent par saltation sur quelques mètres. Cela n’empêche pas les dunes de se déplacer à moyen terme. Ce que le grand public appelle souvent « vent de sable », véhicule des particules beaucoup plus fines, susceptibles de rester en suspension dans l’air très longtemps et sur des centaines de kilomètres.
Un matériau dans lequel la classe granulométrique sable domine
En géologie, pédologie et agronomie, il s’agit de géomatériaux naturels meubles, horizons ou sols dont les particules sont très majoritairement comprises entre 50 et 2000 µm.
Termes recommandés : géomatériaux sableux, sols sableux, horizons sableux.
Anglais : sandy material, sandy sediment, sandy deposit, sandy soil, sandy horizon
L’adjectif sableux qualifie un horizon, un sol, un matériau, constitué principalement de particules sableuses et ayant de ce fait certaines propriétés (faible Capacité d'échange cationique du sol, réservoir en eau limité, cohésion nulle, etc. Voir ci-après). Ce terme doit être employé en référence à l’un des triangles de texture en usage.
Sableux qualifie également un terrain, une plage, constitués de sables.
Nature minéralogique et couleurs des sables
Les grains de sables sont, sous nos climats, le plus souvent des grains de quartz, minéral résistant à la fois à la désagrégation et à la dissolution. Mais on peut y trouver également des feldspaths, des minéraux ferromagnésiens, voire des micas, ces derniers se présentant généralement sous formes de paillettes aplaties qui ne tombent pas à la même vitesse que les autres lors des analyses granulométriques qui peuvent en être perturbées.
Il existe également des sables calcaires. Certains proviennent de la fragmentation de coquilles ou de coraux (particules bioclastiques), c’est le cas des dunes littorales et des faluns. D’autres résultent de la désagrégation de calcaires tendres, crayeux ou oolithiques.
La couleur du sable dépend évidemment des constituants, minéraux ou débris, qui y dominent. Les sables purement quartzeux sont gris, mais peuvent être colorés en rouille ou en rose en présence de fer. Les sables composés de fins débris de coraux sont blancs et les sables issus de roches basaltiques noirs. Ceux comportant de grandes quantités de fragments de coquilles calcaires sont de diverses teintes beiges ou jaune clair.
Les « sables verts » du Bassin parisien (affleurant dans le Perche, en Champagne humide et dans le secteur de Vierzon) sont une formation géologique sédimentée en mer peu profonde, associant des grains de quartz et de petits grains de glauconie (0,1 à 3 mm) qui sont en fait des boulettes d’argile ferrifère. Une altération, même modérée, de ces boulettes mène à leur désagrégation et à la formation d’horizons argilo-sableux verts (Baize, 1983 – Photo 1).
Évolutions pédogénétiques des sables purs
Sous climats tempérés, les sols développés dans des sédiments sableux purs et épais ont une évolution pédogénétique limitée, dépendant de la composition exacte du sable et de la végétation qui y croît, cette dernière étant dépendante de la nature du sable mais également des interventions humaines (déboisements, incendies, anciennes cultures abandonnées).
Sous végétations de feuillus, malgré la pauvreté du milieu, l’écosystème reste en équilibre et l’on observe des Arénosols à mull acide (sols très sableux sur une grande profondeur, acides et présentant une faible réserve en éléments nutritifs mais non hydromorphes ni podzolisés). Sous végétations dégradées de landes et sous boisements de résineux, ce sont des podzosols qui se forment ; les meilleurs exemples en sont donnés par la Forêt de Fontainebleau ou les Landes de Gascogne (Photo 2). Cette podzolisation[1] peut être rapide (on compte en siècles), elle est liée à des formes d’humus de type mor (humus brut).
Lorsque le matériau parental sableux contient une faible quantité de particules argileuses, celles-ci migrent facilement en profondeur pour former un horizon d’accumulation sablo-argileux, en général assez coloré par des oxydes de fer (Photo 3).
Les sables dans d’autres domaines
Les sables quartzeux fins et très purs sont employés en verrerie et cristallerie.
Dans la construction, le sable est un matériau granulaire extrait dans des carrières (les sablières) ou obtenu par tamisage d’alluvions grossières. Mélangé à du ciment et des granulats, il sert à fabriquer du mortier et du béton. Mais toutes les sortes de sables ne peuvent pas être utilisées pour ces usages. Par exemple, le « sable de mer » contient trop de sel !
Dans le domaine des travaux publics, les termes « sables » et « graviers » correspondent à des fourchettes de dimensions, 0 à 4 ou 5 mm, totalement différentes de celles utilisées en agronomie et pédologie (voir granulat dans l’annexe 2). Les graviers extraits dans les alluvions fluviatiles sont parfois appelés, à tort, « sables ». Ils sont extraits dans des « sablières », qu’on devrait plutôt nommer « gravières ».
Termes recommandés : graviers, "grève" (alluviale).
Anglais : alluvial gravel.
Propriétés agronomiques des matériaux et horizons sableux
Les propriétés d’un matériau purement sableux sont connues depuis qu’on a inventé l’agriculture, tant elles sont extrêmes et spécifiques. Voici deux extraits d’auteurs anciens :
« Par là donques nous commencerons nostre mesnage, et dirons qu’on remarque plusieurs et diverses sortes de terres, discordantes entr’elles par diverses qualités ; lesquelles difficilement peut-on toutes bien représenter. Mais pour éviter la confusion de ce grand nombre, nous les distinguerons en deux principales : assavoir en argilleuses et sablonneuses, d’autant que ces deux qualités-là sont les plus apparentes en tous terroirs, et dont de nécessité faut qu’ils participent. De là procède la fertilité et stérilité des terroirs, au profit ou détriment du laboureur, selon que la composition des argilles et sablons, s’en treuve bien ou mal faicte. Car comme le sel assaisonne les viandes, ainsi l’argille et le sablon estans distribués ès terroirs par juste proportion, ou par nature ou par artifice, les rendent faciles à labourer, à retenir et rejetter convenablement l’humidité ; et par ce moyen, domptés, aprivoisés, engraissés, rapportent gaiement toutes sortes de fruicts.
Comme au contraire, importunément surmontés par l’une ou l’autre de ces deux différentes qualités, ne peuvent estre d’aucune valeur : se convertissans en terres trop pesantes, ou trop légères ; trop dures, ou trop molles ; trop fortes, ou trop foibles ; trop humides, ou trop sèches ; bourbeuses, croieuses, glaireuses, difficiles à manier en tout temps, craignans l’humidité en hyver, et la sécheresse en esté ; et par conséquent presques infertiles » (Olivier de Serres, [1600] 1804, Premier lieu : 3 et 4).
« Les sables purs permettent aux racines de s’étendre ; mais ils ne fournissent par eux-mêmes aucune substance nutritive : ils ne retiennent pas l’eau, à moins qu’il ne pleuve fréquemment, & qu’ils ne soient ainsi presque inondés. Tout y périt par le hâle d’autant plus promptement que le sable s’échauffe beaucoup » (Duhamel du Monceau, 1762 : 79).
Dans ce qui suit, des citations d’époques diverses illustreront les propriétés caractéristiques des terres sableuses, sachant que, très souvent, les sables sont associés à des limons (textures sablo-limoneuse ou limono-sableuse) ou à des particules argileuses (textures sablo-argileuse ou argilo-sableuse), ce qui modifie totalement leurs propriétés (voir annexe 3).
Finalement, les connaissances des propriétés des sols sableux qu’avaient les « anciens » (de l’Antiquité aux agronomes du 18e siècle) ne sont pas très différentes de ce que l’on en sait actuellement. Sauf peut-être sur deux thématiques : en ce qui concerne les risques de lixiviation de substances nutritives (N, P) ou potentiellement polluantes et leurs conséquences sur la qualité de l’eau des nappes phréatiques ; et sur les risques de tassement (Coulon, 1988 ; Roger-Estrade et al., 2011).
Propriétés physiques
Les sols sableux purs contiennent très peu, voire pas du tout, d’argile. En conséquence :
- Ils présentent une structure dite « particulaire », c’est-à-dire qu’il n’y a aucun liant entre les grains qui restent indépendants. Il n’y a pas d’agrégats, sauf dans le cas particulier d’horizons de surface humifères sous végétation pérenne (forêts, prairies) où existent des agrégats très fragiles.
- À l’état sec ils sont meubles et peuvent fluer. Ils sont susceptibles d’être entrainés par le vent (vents de sable, dunes, ergs). À l’état humide, ils deviennent cohérents et susceptibles de se tasser.
- Ils sont faciles à travailler, mais sujets à l’érosion et ils usent les outils (s’ils sont quartzeux).
- Leur faible résistance à la pénétration les rend particulièrement favorables à la culture de plantes comme les carottes, les asperges...
- Ils se tassent sous le poids de machines très lourdes en conditions humides. Il est facile de décompacter les horizons supérieurs si nécessaire, mais ce sont les tassements profonds dans les horizons non travaillés qu’il faut craindre, d’autant plus que l’effet retrait / gonflement est nul et que l’activité biologique est souvent réduite (Roger-Estrade et al., 2011).
Quelques illustrations dans la littérature
« Or, il suffit là [en Numidie et en Égypte] de remuer avec le soc le plus léger une terre que des sables gras [pinguibus arenis] rendent friable, et qui se dissout comme de la cendre ». (Columelle, ca. 42 ap. J.-C., II).
« LÉGERE, une terre légère est celle qui n’ayant pas de corps, se remue facilement. Ordinairement elle est mêlée de sable ou de petites pierres : son défaut est d’être maigre, & de se dessécher aisément. » (Duhamel du Monceau, 1758, t. 2 : 403)
« Leur culture [des terres sableuses] est peu coûteuse. Il est toujours facile de trouver le moment de les labourer ; car, quelque humides qu’elles soient, elles ne forment jamais pâte comme les argiles, et quand elles sont sèches elles n’offrent pas une grande résistance. Elles n’exigent pas d’ailleurs des labours aussi fréquents, parce qu’elles se laissent dans tous les cas facilement pénétrer par les gaz atmosphériques et par les racines ; mais aussi leur mobilité les rend peu propres à offrir à ces dernières un point d’appui de solidité convenable. On peut presque toujours ne pas leur donner les hersages ou émottages qui doivent rigoureusement précéder les semis sur les terres fortes ». (Bixio, dir., 1844 : 27).
« Il est manifeste que des grains de sable pur sont absolument indépendants les uns des autres, ils sont facilement entraînés par le vent ainsi qu’on le voit dans les dunes, une terre exclusivement sablonneuse est donc essentiellement mobile. » : 365) » (Dehérain, 1892 : 365). « Enfin, sous des climats secs, on voit intervenir également l’érosion éolienne. Celle-ci s’observe en Afrique du Nord pour les sols sableux soumis à la jachère qui deviennent mobiles au cours des périodes de sécheresse accompagnées de vents violents. » (Demolon, 1946 : 130).
Propriétés hydriques et chimiques
- Ce sont des matériaux perméables, qui ne retiennent ni l’eau, ni les nutriments. Les éléments nutritifs, ainsi que d’éventuels polluants, risquent d’être rapidement lixiviés en profondeur.
- Leur très faible capacité de rétention en eau fait qu’ils sèchent vite. Ils se réchauffent vite au printemps mais souffrent facilement de sécheresse.
- Leur capacité d’échange cationique (CEC) reste toujours très faible. Leur grande pauvreté chimique les rend naturellement peu fertiles ; ils ont tendance à l’acidité quand ils sont essentiellement quartzeux.
- Ils sont parfois calcaires (sables de nombreuses plages et des dunes associées).
Quelques illustrations
« En terre maigre,
Ne soulève ton champ que d’un léger labour,
De peur en effet (…)
Qu’ici ne vienne à perdre son eau,
Son eau rare, un sable stérile [sterilem harenam] », écrivait déjà Virgile en 28 av. J.C. (traduction P.A. Nicolas) !
« 4°. Les Terres légères & sablonneuses : les plants y périssent dans leurs chaleurs ; on doit y répandre du fumier de vache mêlé avec des boues qu’on a laissé égoutter » (Alletz, 1760, II : 506).
« Les sables purs permettent aux racines de s’étendre ; mais ils ne fournissent par eux-mêmes aucune substance nutritive : ils ne retiennent pas l’eau, à moins qu’il ne pleuve fréquemment (…). Tout y périt par le hâle d’autant plus promptement que le sable s’échauffe beaucoup » (Duhamel du Monceau, 1762).
La faible fertilité des sables conduit à y produire des espèces peu exigeantes : « loger les fromens en terre plus argilleuse que sablonneuse, plus humide que sèche, et sous aer plus chaud que froid : au contraire, les seigles en celle qui tient plus du sable, que de l’argille, du sec que de l’humide, et en aer plus froid que chaud » (O. de Serres, [1600] 1804, t. 1 : 136).
Mais tout dépend…
des autres constituants…
« Le mélange de la glaise avec le sable fait ce qu’on appelle le sable gras. C’est une excellente terre pour les arbres, quand ce sable a beaucoup de fond. En général le sable gras est très fertile ; mais il est difficile à travailler, surtout quand la glaise domine. Quand ce sable très chargé de glaise est humide, il en résulte une terre poisseuse, qui se pétrit & s’attache aux outils. Quand il est sec, c’est une terre difficile à entamer. Quand le sable domine, la terre est plus aisée à travailler ; elle se durcit moins par la sécheresse, & les racines s’y étendent mieux ». (Duhamel du Monceau, 1762 : 80).
« …plus on trouve de sable, & moins le sol du champ est fertile. Je conviens que cette assertion est trop générale ; cependant elle est vraie quant au fonds, parce que la fertilité du champ tient aux combinaisons des autres terres qui en forment le sol. » (Rozier, dir, 1796, t. 9 : 3).
« Le rôle de l’humus ne se borne pas à fournir l’acide carbonique nécessaire pour que le carbonate de chaux coagule l’argile, il sert par lui-même à lier entre elles les particules de sable, il les agglutine, les enveloppe, comme l’argile elle-même. (…) La terre franche constitue la terre arable la plus parfaite, elle présente en effet toutes les qualités que nous recherchons ; elle est perméable à l’eau et à l’air grâce à la quantité de sable qu’elle renferme, elle le sera d’autant plus que le sable sera plus abondant, mais d’autre part elle conservera l’eau d’autant mieux que l’argile et le sable fin y seront en plus forte proportion ; avec 30 d’argile et de sable fin, cette propriété sera au maximum, tandis que la perméabilité sera moindre; si le sable grossier s’élève à 70, l’argile et le sable fin à 20, la perméabilité sera complète, mais la dessiccation deviendra trop rapide ». (Dehérain, 1892 : 364-367)
D’où l’idée ancienne de corriger les défauts du sable en y ajoutant de l’argile.
Dès l’Antiquité, Columelle raconte : « si un cultivateur est dépourvu de toute espèce de fumier, il lui sera avantageux de faire ce que je me rappelle avoir vu pratiquer à mon oncle paternel, agriculteur très instruit et très actif : il mêlait de l’argile aux terrains sablonneux, et du sable aux terres argileuses et trop compactes. Par ce moyen, non seulement il se préparait d’abondantes récoltes, mais encore il obtenait les plus belles vignes. (Columelle, ca. 42 ap. J.-C., II, 16).
« Corriger les vices de l’argille et du sablon des terroirs y est un très-bon préparatif au labourage : duquel remède, tout bon mesnager s’aidera. Les terres trop argilleuses, seront amendées par le sablon : et les trop sablonneuses, par l’argille: desquelles matières en sera charrié si grande quantité où il appartiendra, qu’elles domptent chacune l’imperfection de son contraire » (Olivier de Serres, [1600] 1804, t. 1 : 101).
« De quelques amendements qu’on se serve pour ces terres, ils doivent corriger l’un ou l’autre de ces deux défauts. La glaise les aidera à retenir l’eau, mais elle ne leur fournira pas beaucoup de sucs nourriciers. (…) Mais l’amendement qui me paraît le meilleur de tous pour les terres sablonneuses, c’est la terre des marais & fondrières ou tourbe » (Home, [1757] 1761 : 18-19).
« Le meilleur moyen d’amendement (Voyez ce mot) pour une terre sablonneuse, est d’y mêler de l’argile ou une terre argileuse en quantité suffisante pour lui donner le degré de compacité convenable : mais il n’est praticable que sur un petit terrain » (François de Neufchâteau, dir., 1827, t. 2 : 547).
Cette pratique de mélange des terres a longtemps été recommandée dans la littérature agricole. Mais, face aux avantages avancés (meilleure rétention d’eau, plus grande fertilité…), les conditions (comme la relation entre la disponibilité d’une force de travail peu coûteuse et la surface du terrain à amender) et les inconvénients possibles (quand un peu d’argile est associée à une grande quantité de sable, le matériau est compact et peu perméable, les particules les plus fines venant combler les interstices entre les grains) sont peu évoqués.
Ce qui peut être fait dans un petit jardin potager n’est pas envisageable pour modifier le sol sur des surfaces importantes. C’est d’ailleurs ce que signale François de Neufchâteau dès 1827. En outre il doit être très difficile d’obtenir une association harmonieuse de mottes argileuses et de particules sableuses indépendantes. Le procédé est probablement très coûteux et le résultat risque d’être décevant.
des couches plus profondes…
Boussingault (1868 : 132) ajoute qu’il faut également prendre en compte le sous-sol : « Dans les terres d’alluvions modernes et dans les sables la nature du sous-sol joue un grand rôle ; les unes reposent sur du gravier, et leur valeur est naturellement en raison de l’épaisseur de la couche supérieure, les autres recouvrent souvent un sol glaiseux imperméable, en sorte que, trop profonds, les sables ont à lutter contre les sécheresses prolongées ; dans le cas contraire, ils peuvent être exposés à trop d’humidité ».
Alletz avait indiqué que « ainsi on mêle & on épaissit un fond de terre aride, sablonneux, avec de la terre de marais toute pleine d’un limon noir, mais ce doit être à trois ou quatre pieds de profondeur. » (1760, article Amendement).
Notons qu’il existe un certain nombre de sols dont les horizons de surface sont de texture sableuse et les horizons profonds nettement argilo-sableux et, en conséquence, peu perméables, d’où des engorgements récurrents à faible profondeur. C’est le cas, par exemple, du planosol observé à Héry (Photo 2).
du système de culture…
« On peut dire que la valeur acquise par les terres légères dans le perfectionnement des rotations de récoltes, est comparativement plus grande que celle des terres argileuses. Les terres graveleuses ou sablonneuses, auxquelles les attelages les plus faibles suffisent, que l’on peut labourer en tout temps, dont la végétation est rapide, que les eaux pluviales ne refroidissent jamais trop, auraient eu de tout temps un avantage marqué pour les cultures céréales, si l’évaporation trop facile des sucs, si le peu de consistance de la terre, si la végétation très rapide des chiendents, n’eussent offert des inconvénients graves relativement à la culture de toutes la plus importante, celle des blés. On destinait autrefois exclusivement ces terrains au seigle et à l’orge : nous avons appris à leur faire rapporter de belles récoltes de froment, et nous devons ce changement heureux à l’introduction des trèfles dans les champs » (Pictet de Rochemont, 1801 : 59-60).
« Le procédé le plus simple pour fertiliser un terrain sablonneux, est de l’ensemencer en plantes succulentes et de les y enfouir couvertes de leurs feuilles lorsqu’elles commencent à fleurir. Parmi les plantes les plus propres à remplir cet objet important, on cite particulièrement le lupin, la vesce, le sarrasin, la betterave, le navet, le seigle, le maïs : il faut semer ces plantes assez drues pour que leurs feuilles couvrent entièrement la terre, et s’opposent à l’évaporation de l’humidité qu’elle contient. La plupart peuvent être semées en septembre et leur produit peut être enterré avant les gelées. Si on sème au printemps, le produit sera bon à être enterré avant les grandes chaleurs, et on pourra semer de suite sur le même labour du sarrasin qui brave la chaleur et la sécheresse ; celui-ci sera enterré assez tôt pour qu’on lui fasse succéder un semis de seigle, qui passera l’hiver et sera enterré à son tour en avril. » (François de Neufchâteau, dir., 1827, t. 2 : 547).
de l’arrosage et des apports d’engrais
« Au printemps et tant que la sécheresse n’a pas encore pénétré dans la terre, les plantes poussent aussi bien et même mieux dans les terrains sablonneux que dans ceux réputés de la meilleure qualité ; mais la terre sablonneuse laissant évaporer toute son humidité dès que les chaleurs se font sentir, les plantes qu’elle contient languissent bientôt et meurent ; si des pluies fréquentes ou des arrosements abondants ne viennent pas à leur secours. » (François de Neufchâteau, dir., 1827, t. 2 : 547).
« les terres sablonneuses, excessivement perméables, ne conservant pas l’humidité, continues, mais très mobiles, elles deviennent absolument stériles dans les pays secs et ne peuvent être que boisées en résineux, mais sont au contraire excellentes quand elles sont arrosées ; avec de copieuses fumures elles portent alors des cultures de légumes et de fleurs très rémunératrices » (Dehérain, 1892 : 369).
Apports de sables à but agronomique – Sablage
Avec mélange des matériaux
De façon symétrique aux apports d’argile pour améliorer des terres sableuses, l’apport de sable et son mélange aux terres argileuses lourdes ou crayeuses a été recommandé pour amender ces dernières.
« Se la terre est pleinne de croye [lat. nimis cretosa, ital. tropo cretosa], l’en gettera fiens [du fumier] et sablon meslé ensemble » (de Crescens, [[ca. 1306] 1373] 2023, II : 22).
« Les habitants de la Province de Hertford cultivent ces terres, lorsqu’ils veulent y semer du grain, de même que les terres argileuses dont je viens de parler. Dans celle d’Oxford on les engraisse avec du fumier à demi-pourri, pour empêcher, dit-on, qu’elles ne se resserrent : quelques-uns y mêlent du sable pour diminuer la force, surtout s’il est tant soit peu sec. » (Mortimer, [1716 ?] 1771 : 160).
« Les terres compactes retiennent trop l’eau ; les sablonneuses la retiennent trop peu. De ces deux effets, résultants des principes constituants de ces terres, & de leur mélange en proportion convenable dépendent les succès de la végétation. Cette proposition générale est vraie à la rigueur, mais elle souffre des modifications (…) Si on ajoute du sable vitrifiable à de l’argile, il ne lui occasionne ni décomposition, ni recomposition ; ce sable agit mécaniquement parce qu’il divise les molécules de l’argile, & les sépare les unes des autres ; ces grains sont autant de coins qui désunissent ; cependant cette terre devient plus productive, non par les décompositions & recompositions, mais, 1° parce qu’elle acquiert plus de perméabilité à l’eau. 2° Les molécules étant plus divisées, les principes solubles qu’elle contient ont plus de jeu, sont plus à nu & sont plus susceptibles de dissolutions causées par les effets météoriques, & par conséquent de fournir plus abondamment la nourriture aux plantes qu’on confie à cette terre. » (Rozier, dir. 1796, t. 9, article Terre).
La même remarque peut être faite ici que ci-dessus pour les apports d’argile à des sols sableux : procédé coûteux, aux résultats aléatoires, à limiter à de petites surfaces.
Apports en surface
Sur les sols acides de Bretagne, les agriculteurs ont eu recours à des amendements calcaires naturels tels que le maërl et le sable coquillier. Cependant, les disponibilités en maërl s’appauvrissent et son utilisation en tant qu’agent d’amendement a été interdite par l’Europe en 2013. Quant à l’extraction des sables coquillers, elle menace les habitats littoraux et marins.
Le sablage consiste à épandre du sable puis à le mêler aux horizons supérieurs des sols à texture fine afin d’améliorer leurs propriétés physiques ou pour faciliter les semis. Selon la FAO le sablage ne s’applique pas aux sols argileux lourds.
En région nantaise, le sablage a été une pratique traditionnelle pour le maraîchage. Mais depuis une trentaine d’année, la culture intensive de la mâche se développe en remplacement des carottes. Le cahier des charges de l’Indication Géographique Protégée « Mâche nantaise » fournit des précisions à propos du sablage : « Afin d’empêcher la battance du sol, d’améliorer l’aération superficielle et de faciliter les conditions de récolte, un sablage superficiel est réalisé à chaque semis. Le sable est apporté en couche fine de 1/2 à 1 cm d’épaisseur (environ 40 t/ha) sur le semis. Afin de ne pas blesser la plante, le sable utilisé pour la production de « Mâche nantaise » est composé de grains ronds. Neutre chimiquement, le sable améliore la structure physique des sols sans en modifier la nature ».
Étymologie et histoire : les mots, d’une langue à l’autre
L’Antiquité
Le grec ancien
Le Dictionnaire grec-français Bailly indique quatre mots désignant le sable ou les terrains sableux :
- ἄμμος (ammos) = sable, arène sablée, terre sulfureuse ;
- ἄμαθος (amathos) = sable de plaine (par opposition à ψάμαθος ou ψάμμος) ; au pluriel, les dunes ;
- ψάμμος (psammos) = sable ; au pluriel grains de sable, en particulier pour marquer l’idée d’une quantité infinie, d’une chose sans valeur || le sable du désert ;
- ψάμαθος (psamathos) = sable, en particulier du bord de la mer, par suite terre sablonneuse du bord de la mer, dune ; sable de rivière.
La langue française savante en a tiré ammophile et psammophile, qualifiant une plante ou un animal qui vit dans ou sur le sable ou les sols sableux.
Le latin
Lae latin avait deux mots : (h)arena et sab(u)lum, avec les adjectifs correspondants (h)arenosus et sabulosus :
« On place parmi les blés le panis et le millet, quoique je les aie rangés au nombre des légumes. Dans beaucoup de contrées les paysans en font leur nourriture. Ils se plaisent dans une terre légère et meuble, et réussissent bien, non seulement en terre sablonneuse [sabuloso], mais aussi dans le sable [arena] même, pourvu que le temps soit humide ou le sol arrosé » (Columelle, ca. 42 ap. JC).
« Les prés verdoyants ne sont pas non plus toujours l’indice d’un sol gras : quoi de plus renommé que les pâturages de la Germanie ? Cependant il n’y a qu’une couche très mince de terre, et aussitôt on trouve le sable [harena] » (Pline l’Ancien, ca. 70-77 ap. J.C.).
Quelle différence les auteurs latins faisaient-ils entre ces deux mots ?
Bouillet (1991) a répertorié les mots suivants dans le vocabulaire géologique des Romains :
- arena : sable ; terrain sablonneux ; désert de sable ; rivage.
- sabulo : gros sable,
- sabulosus : sablonneux,
- sabulosa : terrains sablonneux,
- sabulum ou sablum : sable,
Selon [Logeion/uchicago.edu/sabulum], sabulum correspondrait plutôt à du sable grossier, à du gravier.
Les langues issues du latin ont gardé l’un et/ou l’autre : espagnol arena, portugais areia, italien sabbia.
Le français
Le français a gardé les deux racines latines. Dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle (10 vol., 1881 à 1902), Godefroy a rassemblé tous les mots et variantes qu’il a trouvés dans des textes anciens. Curieusement, sablière n’a aucun rapport avec le sable :
- Areniere, s. f. : sablonnière.
- Arenosité, s. f. : caractère de ce qui est sablonneux, et la chose sablonneuse elle-même.
- Sable, s. m. et anc. f., substance pulvérulente résultant de la désagrégation des roches siliceuses ou quartzeuses. Autres formes : soble, sabbles.
- Sabler, v. a., recouvrir de sable.
- Sableux, adj., qui contient du sable.
- Sablière, s. f ., pièce de bois sur laquelle reposent les chevrons d’une charpente, les pieds des étais, etc.
- Sablon, s. m., amas de sable. Autres formes : sablun, saublon, savlon, sabelon, sabellon. Ou : Sable fin. Autres formes : savelon, sablelon, savellon, savelhon.
- Sabloniere, moderne sablonnière, s. f., lieu d’où l’on extrait le sablon.
- Sablonner, v. a., parsemer de sable - s’ensabler - récurer avec du sablon.
- Sablonos, mod. sablonneux, adj., qui contient beaucoup de sable.
Arène (areine)
Le mot est attesté au milieu du XIIe siècle au sens de sable : « Nes peüst pas nuls huem numbrer Plus que l’areine de la mer » (TLF = Trésor de la langue française), mais plus tard son emploi se retreint à la langue poétique… et à la géologie : l’arène granitique, résultant de la décomposition du granite.
L’adjectif aréneux (arenous) = sableux, employé au XIXe siècle au sens de « qui pousse dans le sable », a été remplacé par arénophile et arénicole.
Sable et sablon
Sable est attesté à la fin du XIIe siècle (Trésor de la langue française), et sablon en 1374 dans la traduction en français du Livre des prouffitz champestres et ruraulx de Pierre de Crescens.
Quelle différence entre sable et sablon ?
- La dimension des grains : selon le TLF, sablon est employé en 1387 au sens de sable fin (utilisé comme abrasif), et chez Pierre de Crescens il semble également désigner du sable fin, dans la progression sablon, arène (sable) et gravier : « Il [le mil] desire terre tresbien aree, deliee et crasse ; et si vient bien en sablon, en arene et en gravelle, mais qu’il soit semé en terre arrousee et en moiste ciel il soit semé, car il het terre seiche et argilleuse. » (« Il veut une terre très bien labourée, déliée et grasse ; et s’il vient bien en sablon, en arène et en gravier, qu’il soit alors semé en terrain arrosé et par temps humide, car il hait la terre sèche et argileuse »). Duhamel du Monceau confirme : « Le terrain sableux est celui où le sable domine, & on le dit sablonneux si ce sable est fin comme est le sablon » (1758, II :422). Mais François de Neufchâteau (1827) indique : « Dans le langage ordinaire on confond le sable avec le gravier : c’est ainsi qu’on appelle plaine des Sablons un lieu, auprès de Paris, où il n’y a pas de sable, mais bien un gravier assez gros » !
- La forme des grains : « Si ces fragments [de quartz ou de granit] conservent des angles, ils constituent le sable ; s’ils ont perdu leurs angles par le roulement, ils forment le sablon, différence futile et fort peu importante en agriculture » (François de Neufchâteau, 1827, II : 545).
- Pas de différence : Olivier de Serres emploie sablon au sens général de sable.
Sablonneux (sablenous) a le sens général de sableux, qui contient du sable, sans distinction de finesse :
« Les terres creyouses e sablenouses nest pas mester de semer si par tens qar ces sunt terres qe sunt eschyus destre reversees en grant moisture, mes au semer qe la terre seit un poy enrosee » (Les terres crayeuses et sableuses n’ont pas besoin d’être semées aussi tôt, car ce sont des terres qui acceptent d’être retournées en grande humidité, mais qu’au semis la terre soit un peu humide) ; « Mourier est un arbre (…) qui demande aer chault et attempré, et het terre et aer froit, et voelt terre sablonneuse et prouchaine de mer. » (Le mûrier est un arbre (…) qui demande un air chaud et tempéré, et hait terre et air froids, et veut terre sablonneuse et proche de mer) (de Henley, ca. 1280).
Notes
- ↑ Le processus de podzolisation implique une altération biogéochimique dite "acido-complexolyse", définie comme une attaque des minéraux primaires par des solutions contenant des composés organiques acides et complexants. Cette attaque a pour effet l'élimination de l'aluminium et du fer ainsi que celle des cations alcalins et alcalino-terreux. Il se forme alors un horizon résiduel, essentiellement quartzeux de teinte grisâtre (parfois masqué par des matières organiques). En même temps, il y a migration puis immobilisation des constituants organiques et de complexes organo-minéraux d'aluminium et/ou de fer. L'accumulation de ces substances conduit à la formation d'horizons noirs et rouille en profondeur.
Pour en savoir plus
Pour les physiciens, le sable pur est un milieu granulaire aux propriétés singulières
Références citées
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- Virgile, [ca. 28 av. J.C.] 1948. Géorgiques. Nous avons choisi la traduction de P.A. Nicolas, agriculteur en Tunisie, in Lettres d’Humanité, Les Belles Lettres, Paris, t. VII, p. 122-126. On trouve d’autres traductions sur Internet, par exemple Texte intégral sur wikisource. ou à partir de [3].
