Lixiviation - Annexe 1

De Les Mots de l'agronomie
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Date de mise en ligne
17 février 2026
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Cette annexe se rapporte à l'article Lixiviation.

Éléments d’histoire

La notion de lixiviation sans le mot

« D’un autre côté, les eaux des pluies qui lavent la surface de ces terres, et qui les pénètrent dans toute leur épaisseur, doivent aussi entraîner, soit dans les rivières, soit dans le sein même de la terre, les sels, qui sont les seuls résidus fixes qui puissent servir à la décomposition des végétaux » (Horace-Bénédict de Saussure, 1796 : 206, cité par Boussingault, 1860 : 380-381).

« Ainsi, il est reconnu qu’une terre très délavée par les eaux' de source ou de pluie, perd de sa fertilité ; cependant ce sol conserve la même apparence, la même couleur, la même pesanteur, la même consistance. Lorsque j’ai dépouillé, Chap. V, § II, du terreau presque pur de la plus grande partie de ses principes extractifs, il a conservé ses caractères extérieurs ». (Théodore de Saussure, 1804 : 246).

« ENGRAIS ANIMAUX. Les matières animales comme nous venons de le voir, se décomposent avec une grande facilité; abandonnées à elles-mêmes et par la seule action des influences atmosphériques, elles se putréfient, absorbent de l’oxygène, dégagent des substances gazeuses, parmi lesquelles l’acide carbonique, l’ammoniaque, l’azote, etc., se trouvent en quantité notable ; et fournissent des composés liquides de différente nature, en même temps que des dépôts solides mélangés de terre, de sels et de carbone. Cette décomposition spontanée dispense en général les agriculteurs d’employer des agents chimiques ; mais la facilité même de cette décomposition des matières animales n’est pas sans inconvénients, car il en résulte presque toujours une grande perte par l’évaporation des parties gazeuses qui s’échappent dans l’atmosphère, et par l’infiltration des parties liquides qui s’écoulent dans les couches inférieures du sol » (François de Neufchâteau, dir., 1827 :361

« … dans les conditions les plus ordinaires de la culture, une terre très fortement amendée cède à l’eau pluviale qui la traverse, plus de principes fertilisants qu’elle n’en reçoit d’elle » (Boussingault, 1860 : 387).

En 1890, Sabatier traite en détail de la composition des eaux de drainage, des pertes de nitrates qu’elles révèlent, et des pratiques à adopter pour éviter ces pertes, sans employer le mot lixiviation (voir annexe 2). Il en est de même de Dehérain en 1892.


Le mot lixiviation désignant une opération faite par l’homme

Jusqu’à la toute fin du XIXe siècle, le mot n’est employé que pour des opérations techniques faites par l’homme. Quelques exemples :

« La masse noire calcinée au feu de réverbère pendant six heures, a donné des cendres noires qui ont laissé par la lixiviation un sel fixe purement alkali » (Encyclopédie, 1751, t. 1 : 477 – article ANIS).


« La masse noire calcinée pendant dix heures, a laissé des cendres, dont on a tiré par lixiviation un sel fixe purement alkali. Cette substance charnue a une saveur douceâtre, austère, & noircit la dissolution du vitriol : elle contient donc un sel essentiel tartareux, uni avec beaucoup de terre astringente & d’huile douceâtre » (Encyclopédie, 1751, t. 1 : 721 – article ARTICHAUT).


Dans sa critique des soi-disant « liqueurs prolifiques » en vogue à son époque, Duhamel du Monceau décrit ainsi une expérience qu’il a faite : « Alors j’ai eu recours à de nouvelles expériences, qui m’ont confirmé dans cette idée. J’ai donc fait infuser de bon froment dans du jus de fumier auquel j’avais joint des sels lixiviels, du nitre & du sel ammoniac ; j’ai semé avec ce grain deux planches d’un potager, labourées à la bêche ; mais dans une de ces planches, le froment était semé fort dru, & dans l’autre, il était fort clair. Dans le même temps j’ai semé deux autres planches toutes pareilles, avec le même grain qui n’avait eu aucune préparation de même que pour le froment préparé ; une de ces planches était semée fort dru, & l’autre fort clair. Dans le temps de la moisson, les planches où l’on avait semé le froment préparé, ressemblaient si parfaitement aux autres, qu’il n’était pas possible de les distinguer sans avoir le secours du registre d’expérience. » (1762 : 257-258)


L’Encyclopédie (1765, tome 9 : 622) consacre un article à la lixiviation. En voici les premières lignes : « On appelle ainsi en Chimie l’espèce de séparation qu’on opère, en appliquant de l’eau à un corps pulvérulent, composé d’un mélange de terre & de sel, & retirant ensuite cette eau chargée de ce dernier principe ».


« La partie saline que l’on tire de la terre végétale par la lixiviation, est, suivant les expériences de M. Kulbel & d’autres, tantôt alkaline, tantôt de la nature du sel de Glauber, tantôt de la nature du nitre, tantôt d’une autre nature ; cependant on y trouve toujours une portion de sel marin. Néanmoins tous ces sels paraissent accidentels & étrangers à la terre végétale » (Wallerius, 1774 : 169).


« En Normandie, du côté d’Évreux, près du château de M. le duc de Bouillon, il y a une fabrique de salpêtre entretenue par la lixiviation des raclures de la craie des rochers, que l’on ratisse sept à huit fois par an » (Buffon, 1783 : 303).


Le Cours d’agriculture de l’abbé Rozier emploie plusieurs fois le mot, par ex. :
« Quant aux cendres lessivées, elles contiennent trop peu de principes alcalis après la lixiviation ; il faut donc les laisser pendant longtemps, ainsi qu’il a été dit, exposées à l’action de l’air, &c. Somme totale, l’engrais par les cendres devient fort dispendieux.  » (Article CENDRE, t. 2, 1782). « EFFRITER une terre. C’est l’épuiser, la rendre stérile ; ces mots sont synonymes. Lorsque les salpêtriers, par les lixiviations répétées, ont tiré de la terre tous les sels qu’elle contient, & que l’eau mère est chargée de toutes les parties graisseuses, huileuses & animales, alors la terre est parfaitement effritée, & le lien d’adhésion qui réunissait les molécules les unes aux autres, est rompu ; enfin, cette terre n’a plus de consistance : on sèmerait en vain par-dessus des graines quelconques » (t. 4, 1783)


« Parmi les matières dissoutes dans les eaux de source et de fontaine, on remarque presque toujours des sulfates ; le liquide qu’on obtient par la lixiviation du terreau fertile des champs ou des jardins renferme toujours des quantités très appréciables de ces sels. (…) Lorsque les terres, chargées de nitre, ont été privées par lixiviation de tous les sels solubles et qu’on les abandonne ensuite pendant quelques années à l’air, elles fournissent de nouveau du nitre, et cette reproduction se renouvelle, en proportion décroissante il est vrai, une troisième et une quatrième fois. » (Liebig, 1844 : 87 et ).


« On ne peut donc compter sur une analyse où l’on pulvérise la terre dans un mortier et où on la soumet à de violentes réactions, pour juger de la quantité d’alcalis actuellement disponibles pour une récolte : ce n’est que par la lixiviation de la terre que l’on parvient à la connaître. (Gasparin, 1860 : 105)


« J’ajouterai qu’une nitrière artificielle dans laquelle il entre 12000 pieds cubes de matériaux, soit 456000 kg, donne, au bout de deux ans, par la lixiviation, 4500 kg de salpêtre brut, ou 5 g par kg de terre salpêtrée » (Boussingault, 1861 : 43 – seule occurrence).


Le mot désignant un phénomène naturel intervenant dans un sol

C’est dans l’ouvrage Les céréales de Garola (1894) que nous l’avons trouvé pour la première fois à propos du phénomène naturel dans le sol en place. Garola traduit par lixiviation l’anglais washing employé par l’agronome américain Milton Whitney (1892) : « Il y a dans le Maryland deux classes de terres à blé. Sur les sommets et les hauts plateaux où la lixiviation ne s’est pas produite sur une large échelle, les sols sont plutôt légers et limoneux, le limon présentant ordinairement de 2 à 4 pieds d’épaisseur, et reposant sur de l’argile plus lourde. (…) « Ces trois échantillons ont été pris dans des terrains en pente, où le limon, s’il s’est jamais accumulé, a été entraîné par la lixiviation, laissant à nu l’argile jaune sur laquelle semblent reposer tous les sols à blé ». (Garola, 1894 : 255 et 257).
Le mot était-il déjà employé dans ce sens à l’époque ? Dans le contexte de la citation, on ne sait pas bien s’il s’agit de lixiviation (au sens moderne), de lessivage ou même d’érosion.


« On conçoit que si les pluies sont supérieures à l’évaporation, il en résulte une lixiviation, c’est-à-dire un entraînement de haut en bas. Au contraire, sous un climat sec où l’ascension de l’eau est prédominante, on assistera au phénomène inverse, c’est-à-dire à l’accumulation des matières solubles dans les couches supérieures » (Demolon, 1932 : 29).


« Bien que peu de sols calcaires aient été observés, nous avons tous remarqué : - Sous les climats humides et subhumides, en milieu aéré une profonde lixiviation ; - en milieu confiné hydraté une accumulation de carbonates allant de formes faibles et diffuses à l’encroûtement ; - en milieu confiné hydromorphe des accumulations variables, mais importantes » (Lamouroux, 1968 : 16).

« On peut supposer que sous forêt dense humide sempervirente et peut-être sous savane en saison des pluies, la lixiviation des bases est favorisée par l’abondance des composés organiques acides et peu polymérisés ». (De Boissezon, 1973).

Lixiviation est désormais devenu un terme scientifique précis utilisé très couramment aussi bien en agronomie qu’en pédologie.


Références citées

  • Boussingault, 1860. Agronomie, chimie agricole et physiologie. 2e édition, t. 1, 396 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Boussingault, 1861. Agronomie, Chimie agricole et physiologie, 2e édition, t. 2, 396 p., fig. HT. Texte intégral sur archive.org.
  • Buffon G-L.L., de, 1783. Histoire naturelle des minéraux. t. II, Paris, 628 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Boissezon P. de, 1973. Les matières organiques des sols ferrallitiques. In : Boissezon P. de, Moureaux C., Boquel G., Bachelier G., Les sols ferrallitiques : 4. La matière organique et la vie dans les sols ferrallitiques. Orstom : 9-66. Texte intégral sur le site de l’IRD.
  • Dehérain P.P., 1892. Traité de chimie agricole. 2e édition, Masson, Paris, 916 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Demolon A., 1932. La dynamique du sol. Dunod, Paris. 347 p.
  • Duhamel du Monceau H.L., 1762. Éléments d’agriculture, t. 1. Paris, 499 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Encyclopédie, 1751, t. 1 articles ANIS, p. 476-77 texte intégral, ARTICHAUT, p. 721-22 texte intégral sur Wikisource.
  • Encyclopédie, 1765, t. 9 article LIXIVIATION , p. 622 texte intégral sur Wikisource.
  • François de Neufchâteau N., dir., 1827. Dictionnaire d’agriculture pratique, contenant la grande et la petite culture, l’économie rurale et domestique, la médecine vétérinaire, etc. Paris, t. 1, CXI + 594 p., fig. Texte intégral sur Gallica.
  • Garola C.V., 1894. Les céréales. Paris, 815 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Gasparin A. de, 1860. Cours d’agriculture, t. 6. La Maison rustique, Paris, 614 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Lamouroux M., 1968. Compte rendu des journées pédologiques libanaises (1967). Bull. bibliogr. Pédol. Orstom, XVII, fasc.3/4, pp.7-17.
  • Liebig J., [1843] 1844. Chimie appliquée à la Physiologie végétale et à l’Agriculture, 2e éd., trad. Gerhardt. Paris, viii + 544 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Rozier F. (Abbé), 1781-1789. Cours complet d’agriculture théorique, pratique, économique, et de médecine rurale et vétérinaire, suivi d’une Méthode pour étudier l’Agriculture par Principes, ou Dictionnaire universel d’agriculture. texte intégral sur Wikisource.]. t. 2, 1782 Texte intégral ; t. 4, 1783, 693 p. Texte intégral sur Gallica.
  • Sabatier P., 1890. Leçons élémentaires de chimie agricole. Paris & Toulouse, 347 p. texte intégral sur Wikisource.], Texte intégral sur Gallica.
  • Saussure H.-B. de, 1796. Voyages dans les Alpes, t. V, Neuchâtel, xvi-496 p.
  • Saussure (de) N.T., 1804. Recherches Chimiques sur la Végétation. Paris, viii + 336 + 16 p. [1] sur le site de l’Université de Strasbourg. (Fac similé, Gauthiers-Villars, Paris, 1957)
  • Wallerius J.G., 1774. L’agriculture réduite à ses vrais principes. Traduit en français sur la version latine, auquel on a ajouté un grand nombre de notes tirées de la version allemande. Lacombe, Paris. h, 359 p. Texte intégral sur archive.org.
  • Whitney M., 1892. Some physical properties of soils in their relation to moisture and crop distribution. USDA Weather Bureau, Bull. n°4, Washington D. C. 90 p. [2], Texte intégral sur archive.org.],
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