Groies (terres de) - Annexe 2

De Les Mots de l'agronomie
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Date de mise en ligne
7 août 2026
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Cette annexe se rapporte à l'article Groies (terres de).

Deux mots associés aux « groies » : les « banches » et les « platins »

Ces deux termes vernaculaires sont systématiquement associés aux « terres de groies », au moins aux « groies » sensu stricto.


Banche – Description

Dans les deux premières citations ci-dessous, anciennes, les terres de groie sont clairement décrites mais pas nommées.

« De quel usage seraient donc nos campagnes, si le propriétaire ne leur donnait pas des vignes à nourrir. Le sol qui en est aride, maigre, pierreux, n’a guère que quelques pouces de profondeur. Un roc vulgairement nommé banche en est le stérile fondement. Les grains viennent assez mal sur cette mince superficie, la moindre sécheresse les fait languir. Les vignes au contraire réussissent parfaitement dans ce terrain qui semble fait pour elles » (Arcère, 1757 : 462).

« Le terrain qui s’élève graduellement jusqu’au sommet du bassin, est composé d’une banche calcaire rognoneuse dont les petites pierres arrondies sont réunies par une terre argilo calcaire. Cette banche est posée sur la couche d’argile qui fait la base du pays, et elle est couverte d’une couche de terre végétale mêlée d’une grande quantité de petites pierres arrachées et brisées par le labour. Les terrains où sont les bois, sont élevés et secs ; une couche mince de terre végétale rougeâtre, y recouvre une banche calcaire plus dure et plus homogène. (Gautier, 1839 : 97).

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Figure 1 : Relations entre « terre de groie », « banche » et calcaire sous-jacent (Verdié et al., 1935).

« La proportion des pierres est assez grande dans les terres de groies. Ces pierres s’usent et disparaissent en surface, mais elles sont remplacées sans cesse par celles du sous-sol, car la couche arable est peu profonde et ne dépasse guère 20 à 30 cm. Le sol se reforme donc, comme il s’est formé entièrement sur place, par renouvellement et mouvement vertical de bas en haut des pierres. Ces pierres proviennent elles-mêmes de la partie supérieure du sous-sol qui se trouve délitée par suite des gelées, de la vie des racines, etc. Les agriculteurs disent que « la pierre pousse ». La zone de calcaire en plaquettes d’où elle provient est appelée « banche » par les agriculteurs... Les pierres peuvent aussi indiquer, par leur forme ou leur texture, la nature de la variété de groie. C’est ainsi que les pierres des « banches plates » sont sonores, très plates, à cassure conchoïdales… » (Verdié et al., 1935 : 20, voir figure 1.


« Banche » (Aunis et Saintonge) : Banc de roches qu’on trouve dans le sol et qui est fait de calcaire fissuré en plaquettes ou morceaux et d’aspect intermédiaire entre le calcaire en place, intact, et les groies qui en dérivent. Épaisseur, 10 à 30 cm » (Plaisance et Cailleux, 1958).

« En Charente, il y a de petites groies sur Crétacé, plus sèches et moins fertiles et de grosses groies (sur calcaire marneux) profondes ; des groies chailleuses, groies sèches (sur calcaire dur). On distingue encore des groies à banches rondes, à banches plates, à banches debout… Bien drainées par le banc rocheux fissuré qui les supporte, et peu argileuses, ces terres craignent la sécheresse » (Plaisance et Cailleux, 1958).

« [Les] « terres de « groie » sont des argiles rouges de décalcification[1] mêlées à de nombreuses pierres calcaires anguleuses arrachées à la « banche » (partie sommitale altérée des calcaires sous-jacents). Elles sont développées sur les calcaires du Coniacien (c4), du Cénomanien moyen (c2b), du Portlandien supérieur (j9b) ainsi que sur certains calcaires turoniens » (Bourgueil et Moreau, 1967 : 11).

« En comparant des sols avec ou sans « banche » : horizon de cailloux situé immédiatement sous l’horizon labouré, on peut distinguer : • La « banche » plate, formée de dalles calcaires dures et jointives ; • La « banche » fissurée, contenant 80% de gros cailloux de calcaire tendre, disposés sans orientation privilégiée ; l’horizon sous-jacent est formé d’un ensemble compact de cailloux et de terre fine » (Cochard et Deffontaines, 1970 : 765).

Rôle des actions périglaciaires

« En bordure de certains talwegs, il est fréquent d’observer des sols cellulaires. Expliquant ainsi la présence de dalles calcaires redressées dans le sous-sol. Les « terres de groies » « à banches debout » trouvent d’ailleurs leur explication par ce phénomène. (…) (Callot, 1972 : 55).

« Cet ensemble de sols… présente un intérêt tout particulier dans cette région puisqu’il regroupe des sols connus localement sous le terme vernaculaire de « Terres de Groies ». Il s’agit en fait de sols très caillouteux et graveleux, d’une profondeur moyenne de l’ordre de 2 cm [erreur typographique], montrant un horizon sous cultural (B) faiblement rubéfié. La forme et la dimension des cailloux, la granulométrie de la terre fine, les teneurs en calcaire, varient en fonction de la nature de la roche mère et de l’intensité de la gélifraction qu’elle a subie. Suivant la profondeur du sol, la grosseur ou l’importance de la fraction caillouteuse, l’agriculteur parle de « petites groies » : sol peu profond avec nombreux petits graviers calcaires, de « grosses groies », sols argileux peu caillouteux, plus profonds, de « groies à platins » lorsqu’il remonte avec la charrue des « plates » ou « banches », dalles calcaires à grain fin, de « groies à banches debout », sol présentant un sous-sol avec cailloux calcaires redressés » (Callot, 1972 : 61).


Platins

Le platins sont de petites dalles de calcaire dur, plus ou moins disjointes. Pour certains auteurs ces dalles restent horizontales, pour d’autres elles peuvent être redressées ou désordonnées. La différence entre platins et banche n’est pas toujours très claire.

« Les zones à roche tendre, grisâtre ou bleuâtre, marneuse, à cassure lithographique, donnent des terres également pierreuses, mais contenant généralement une haute dose de carbonate de chaux. Ce sont des groies aussi mais plus fortes, ochracées ou grises à la surface, contenant de 30 à 50 % de terre fine. À une profondeur variable de 0m20 à 0m60, le sous-sol est formé de fragments de calcaire peu résistants (roche pourrie) ou disposés en couches régulières et minces (platins) ou sans aucun ordre. Dans ce dernier cas qui est le plus fréquent les racines peuvent pénétrer profondément et mettre ainsi la plante à l’abri de la sécheresse.
Ce sont ces terres qui étaient autrefois et à juste raison consacrées exclusivement à la vigne » (Ravaz, 1900 : 51).

« Là où la roche est tendre (calcaires plus ou moins marneux, grisâtres ou bleuâtres)… la roche est friable : on a des terres pierreuses, contenant généralement une haute dose de carbonate de chaux. Ce sont de fortes groies qui, en surface, contiennent 30 à 50 % de terre fine. À 30 ou 60 cm de profondeur, le sous-sol est formé de calcaire peu résistant ou de calcaire disposé en couches minces et désordonnées (les platins) où les racines peuvent pénétrer profondément » (Facon-Péraud, 1955 : 248).

« Platin : (Charente). - 1. Sous-sol de pierres calcaires plates horizontales » (Plaisance et Cailleux, 1958).

« Sur plateau ou sur pente moyenne lorsque le sous-sol est peu profond et non gélifracté les labours remontent fréquemment des dalles calcaires, on parle alors de « groies à platins » (Callot, 1972 : 56).


Notes< :big>

  1. En réalité, il s’agit d’une dissolution du calcaire, donc d’une décarbonatation.


Références citées

  • Arcère L.-E., 1757. Histoire de la ville de la Rochelle et du pays d’Aulnis (…), t. 1. La Rochelle. 722 p.
  • Bourgueil B., Moreau P., 1967. Carte géologique au 1/50 000: feuille Cognac XVI-32. Serv. Carte Géol. France. Paris.
  • Callot G., 1972. Les "Terres de Groies" sur calcaires jurassiques en Charentes. Principaux facteurs de différenciation des sols. Science du Sol, 1: 45-61.
  • Cochard B., Deffontaines J.P., 1970. Essai de classement des terrains en Aunis pour leur utilisation agricole. Ann. Agron., 21 (6) : 759-775.
  • Facon-Péraud R., 1955. Sols et terroirs du Pays de Cognac. Norois, n°6, Avril-Juin : 248-253. [doi : https://doi.org/10.3406/noroi.1955.1080 Texte intégral]
  • Gautier A-J-M., 1839. Statistiques de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 350 p.
  • Plaisance G., Cailleux A., 1958. Dictionnaire des sols. La maison rustique, Paris. VII + 604 p.
  • Ravaz L., 1900. Le pays du cognac. Coquemard, Angoulême, 312 p.
  • Verdié H., Siloret G., Franc de Ferrière J., 1935. Les sols de la Charente Inférieure. Relations entre la pédologie et les désignations locales. Dunod, Paris. 43 p. +1 carte en couleurs.
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