Lixiviation - Annexe 2

De Les Mots de l'agronomie
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Leçons élémentaires de chimie agricole (Sabatier, 1890, extraits)

« Comme on le verra plus loin, la matière organique de l’humus se transforme incessamment dans le sol avec production de nitrates qui servent à la nutrition des plantes. (...) Il faut que les racines utilisent aussitôt en les absorbant, les nitrates ainsi formés, sinon les pluies les emporteront dans les régions souterraines. Ce départ est d’autant plus facile que le sol est plus sablonneux et plus perméable ; il est moins à craindre pour les cultures à racines profondes qui peuvent fixer plus complètement sur leur trajet les nitrates ainsi emportés. S’il en est ainsi, ces nitrates doivent se retrouver dans les eaux de drainage avec toutes les matières solubles que la terre est incapable de retenir. (...)

Composition des eaux de drainage

(...) M. Berthelot a publié récemment quelques déterminations précises sur l’enlèvement des nitrates par la pluie dans un sol maintenu sans végétation pendant quatre mois d’été. Une surface déterminée de cette terre a reçu 232 litres d’eau de pluie qui lui ont apporté 14 cg d’azote ammoniacal et 6 cg d’azote nitrique, soit en tout 20 cg d’azote. Le drainage a donné 83 litres d’eau contenant 524 cg d’azote nitrique, c’est-à-dire beaucoup plus que la pluie n’en avait fourni ; les nitrates correspondants provenaient de la transformation de la matière humique du sol.

M. Warington, à Rothamsted, a poursuivi pendant neuf années consécutives des recherches sur ce sujet. Un hectare de terre maintenu sans culture a reçu annuellement une moyenne de 8 500 mètres cubes d’eau de pluie ; la quantité d’eau de drainage recueillie à la profondeur de 1,5 m a été en moyenne de 4 300 mètres cubes, soit seulement la moitié, le reste ayant été restitué à l’atmosphère par l’évaporation de la surface. L’eau drainée contenait en moyenne par litre (...) 41,2 mg d’acide nitrique. La dose totale d’acide nitrique emportée par le drainage se trouvait donc égale à 177 kg [46 kg d’azote, Sabatier applique un coefficient de passage de l’azote au nitrate de 3,85], quantité bien supérieure aux apports azotés de la pluie. C’est d’octobre en février, saison où les pluies sont fréquentes, que la perte de nitrates est la plus importante.

Des observations semblables ont été faites simultanément sur des sols cultivés ayant porté annuellement pendant plus de quarante ans des récoltes de blé. L’un de ces champs n’a jamais reçu d’engrais pendant cette longue période ; l’autre a reçu chaque année par hectare 14 tonnes de fumier. La quantité d’eau drainée a été toujours plus faible que dans les champs laissés sans culture : cela tient surtout à la transpiration considérable des récoltes pendant l’été. Un litre d’eau de drainage renfermait par litre les poids suivants d’azote nitrique :

Terre sans engrais, mg
Terre fumée, mg
Mars à mai
1,6
2,9
Juin à août
0,1
1,2
Septembre à novembre
4,0
8,2
Décembre à février
4,3
5,8
Moyenne générale
3,4
5,8

Ces doses sont beaucoup moindres que dans les champs laissés en jachère, ce qui montre l’importance de l’assimilation par les plantes. Au printemps, cette absorption a lieu avec beaucoup d’énergie, et dans un sol sans engrais, tous les nitrates disponibles sont alors utilisés pour la végétation : les eaux de drainage n’en emportent que des traces.

A partir de septembre, quand les récoltes ont été enlevées du sol, la proportion de nitrates emportés croît beaucoup, atteint son maximum vers le mois d’octobre, puis diminue régulièrement jusqu’au mois de mars où elle redevient assez petite.

Pour les sols fumés chaque année, les pertes de nitrates sont plus fortes, mais ont lieu de la même manière. C’est toujours pendant la jachère que ces pertes sont les plus importantes.

On n’a guère de renseignements sur la composition des eaux de drainage d’un sol qui porte des récoltes fourragères, ou d’une terre maintenue en prairie naturelle ou couverte de bois. Il est probable toutefois que la perte des nitrates doit être beaucoup moindre, parce que les racines occupent plus profondément le sol et que la végétation n’y est pas interrompue pendant les mois d’automne. Dans les forêts, cette perte doit être tout à fait nulle. » (p. 74-78).


Référence :

Sabatier P., 1890. Leçons élémentaires de chimie agricole. Paris & Toulouse, 347 p. Texte intégral sur Wikisource ; Texte intégral sur Gallica.

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