Groies (terres de) - Annexe 4
| Cette annexe se rapporte à l'article Groies (terres de). |
Propriétés agronomiques des groies : quelques citations
« Les groies, oolitiques ou crayeux, mélange de pierres anguleuses et de terres fauves ou grises, en couches très minces, terre maigre de faible produit, mais où la vigne réussit cependant parce que ses racines pénètrent dans les fissures du roc » (Gautier, 1839 : 261).
« Elles [les groies] constituent en général une terre maigre, sèche, de peu de profondeur et d’un faible produit. Les groies qui reposent directement sur des bancs calcaires solides, ne donnent que des terres propres à la vigne ; quand au contraire elles s’appuient sur un sol argileux, comme dans les assises supérieures à l’étage corallien, dans l’étage kimméridgien, et dans les divers étages de la craie supérieure, elles conviennent alors non-seulement à la vigne, mais encore aux céréales et à d’autres récoltes. Nous verrons plus tard que les terrains de groie profonde, quand ils occupent les penchants des coteaux exposés au sud, fournissent, quoiqu’en dehors des pays de la Champagne, et quoique n’appartenant pas à la formation crétacée, des eaux-de-vie qui ne le cèdent guère aux eaux-de-vie provenant des crus les plus estimés » (Coquand, 1858 : 82).
« Les vignes sur groies légères souffrent toujours plus de la coulure que les vignes sur fortes groies ou en terres argileuses » (Prieur, 1867).
« Le long de la Charente et, au sud d’Angoulême, sur l’Anguienne, les Eaux-Claires, la Charrau, la Boëme, la craie dure s’étant peu décomposée, n’a donné naissance qu’à une maigre couche de mauvaises terres de groie, auxquelles le travail de l’homme n’a pas toujours enlevé le caractère de chaumes, c’est-à-dire de champs inféconds et pierreux ; même sur les plus favorisées de ces terres la végétation est languissante et le pays reste pauvre. » (Joanne, s.d., cité par le Petit manuel de l’instruction primaire, 1868 : 206]
« Dans ces sols superficiels, reposant toujours sur des assises compactes, les racines ne peuvent pénétrer profondément ; la sécheresse est à redouter, et la végétation reste toujours faible. Ce sont des petites groies, qui autrefois ne portaient que des forêts ou de maigres cultures » (Ravaz, 1900 : 50).
« C’était des groies assez maigres, couches arables plus ou moins pierreuses et en général peu épaisses, sous-sol renfermant des pierres assez grosses dont quelques-unes soulevaient le soc de la charrue quand il les heurtait, en un mot des terres calcaires redoutant bien plus la sécheresse que l’humidité » (Pairault, 1932).
« Parfois, le roc est à nu ; la végétation comprend alors quelques maigres taillis avec de grandes clairières et des touffes éparses de genévrier. Dans certains cas, la couche végétale atteint une profondeur de 30 à 35 centimètres ; ce sont alors de bonnes terres. Entre ces deux extrêmes, il y a toute une gamme de terres cultivées, ayant de 10 à 20 cm de profondeur, plus ou moins pierreuses, redoutant la sécheresse, mais fournissant, bon an mal an, des récoltes au-dessus de la moyenne » (Riffault et al., 1937 : 18).
« B. Viennent ensuite les sols de texture plus grossière où la présence d'un illuvial résistant ou concrétionné à une certaine profondeur limite la potentialité autant qu'une proportion exagérée d'éléments grossiers ou en déséquilibre dû à l'excès d'humus ou à l'insuffisance d'argile. (...)
5. Les sols de rendzines grises ou noires, les sols rendzinoïdes, les sols bruns encombrés d’éléments grossiers (argiles à silex, à graves, à quartz (arènes granitiques), sols d'humus acides, argiles de décalcification des diverses groies encombrées de pierres calcaires plus ou moins dures). Si l'aptitude culturale n'est pas la même, les potentiels cependant sont voisins. » (Riedel, 1962).
En 1965, Riedel a publié dans le Bulletin Technique d’Information du Ministère de l’Agriculture une étude intitulée « Le rôle du pédoclimat dans le conditionnement de la fertilité naturelle. Quatrième application : les sols de groies dans le département de la Vienne. » Nous en tirons les quelques extraits suivants :
« Les groies ont donc un pédoclimat plutôt sec et on s’explique fort bien pourquoi elles ne portent pas davantage de plantes sarclées, pourquoi aussi on y regrette les arrosages faute de ressources hydrauliques suffisantes. (...) Pour les petites groies, au calcaire fissuré, très perméable (banches), aucune réserve d’eau n’existe en profondeur durant la saison chaude, et le sol est très sec (sauf parfois si des argiles de décalcification remplissent profondément les fissures du calcaire auquel cas les racines profondes peuvent y trouver un peu de fraîcheur). (...) Le premier facteur limitant de la productivité est la faiblesse des réserves en eau. (...) le chaud soleil poitevin desséchera pendant l’été, 9 années sur 10, l’ensemble de la végétation, exception faite des plantes à enracinement profond, comme la vigne et la luzerne du Poitou, capables d’aller puiser dans la masse calcaire l’eau dont elles ont besoin.
Ce manque d’eau nous laisse déjà pressentir que la culture des céréales sera sans doute plus facile à adapter. Nous pouvons dès à présent en énoncer les règles qui présideront au déroulement des travaux :
– Les semis de printemps seront effectués tôt, la pénurie d’eau apparaît en effet de bonne heure, la céréale souffrira d’autant moins qu’elle se trouvera à ce moment-là dans un stade phénologique plus avancé. (...)
Les deux types de groies [grosses et petites] sont de perméabilités très comparables ; cette grande perméabilité fait que toute l’eau des précipitations hivernales s’infiltre parfaitement et que l’ennoyage est pratiquement inconnu sur ces terres. (...) Au printemps, petites et grosses groies se présentent comme des terres légères et chaudes où la végétation démarre très vite et où, d’autre part, les différentes façons culturales peuvent se faire en temps voulu, vu le fait que l’on peut les travailler aisément en toute saison (...).
Les petites groies sont des terres gélives et ce fait est important à noter, car des cailloux calcaires remontés à la surface par les travaux aratoires, se délitent très bien, enrichissant ainsi encore le sol en calcaire, fait éminemment préjudiciable dans des terres à pH déjà trop élevé. (...)
Dans les petites groies, les éléments grossiers peuvent représenter 30% en volume de l’horizon cultivé. Ce sont le plus souvent de grosses pierres plates soulevées de la « banche » par la charrue ou un autre outil travaillant un tant soit peu profondément. Ils sont ensuite brisés par les outils ou éclatés par le gel. Ils deviennent alors moins gênants, alors que sont remontés de l’inépuisable « banche », d’autres blocs plus ou moins gros. Les agriculteurs disent alors que « la pierre pousse ». Ces pierres (...) usent le matériel, interdisent le travail rapide, constituent un des plus importants facteurs limitants de la rentabilité de la culture sur petites groies. L’emploi de charrues à disques roulant sur la « banche » sans l’attaquer, permettrait de limiter leur remontée. Malheureusement, l’expérience dans les endroits où elle a été tentée, a montré que les terres collaient de façon si importante aux disques, qu’elles en interdisaient finalement l’emploi. (...)
L’essentiel de la rotation sera constitué par des céréales, un blé suivra la tête de rotation. Le plus gros problème est celui du semis à cause de leurs cailloux plus ou moins gros, d’où une hétérogénéité très grande aux couches superficielles du sol lorsque se présentent les coutres du semoir. De ce fait, lorsque l’on met avec l’aide de disques écarteurs devant les coutres du semoir 350 grains/m2, ce qui semble normal, combien naîtront ? Et surtout, combien donneront des épis normaux et bien constitués ? Ce qui arrive fréquemment, c’est que presque tous les grains germent, mais certains ont glissé le long des cailloux et se sont enfoncés profondément dans le sol (5-6 cm et plus). Pour ceux bien placés, la levée se fait normalement et le tallage aussi. Mais pour les autres, il y a formation d’un rhizome très long ; les réserves s’épuisent et la jeune tige qui sort est fine. Le tallage se fait mais donne aussi des tiges fines qui ne seront pas capables d’alimenter un épi normal, d’où la forte proportion d’« épiochons ». À partir de ce moment-là, la fertilisation azotée est pratiquement impossible à conduire de façon rationnelle :
- le blé a tendance à taller avant l’hiver dans les pays à climat doux, ce qu’il ne faudrait pas ;
- au moment du tallage on a une quantité importante de tiges et le champ de blé à l’aspect d’une prairie. Un gros apport d’azote à ce moment-là ne ferait qu’accentuer ce défaut que réduirait, notons-le en passant, le recours à des variétés à faible aptitude au tallage. (...)
Sous cette réserve, les récoltes sont bonnes ainsi que la qualité des grains dont le poids spécifique est élevé. Les agriculteurs disent que ce sont des terres « grainies ». Cependant il faut noter que l’échaudage y est à redouter et qu’il faut y employer des variétés précoces, surtout dans les parties où la terre végétale est peu épaisse et qui sont appelées « veines brûlantes ». (...) »
Références citées
- Coquand A., 1858. Description physique, géologique, paléontologique et minéralogique du département de la Charente, t. 1. Besançon, 542 p.
- Gautier A.-J.-M., 1839. Statistiques de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 350 p.
- Joanne A., s.d. Géographie, histoire, statistique, et archéologie de chacun des 89 départements : CHARENTE. Hachette.
- Pairault P., 1932. Documents sur la famille Pairault - Souvenir et d’enfance et de jeunesse. 130 p. Texte intégral.
- Petit manuel de l’instruction primaire, 1868. Hachette, Paris, 332 p. Texte intégral sur Gallica.
- Prieur C., 1867. Étude sur la viticulture et sur la vinification dans le département de la Charente. Paris, 161 p. [1]
- Ravaz L., 1900. Le pays du cognac. Angoulême, 312 p. Texte intégral sur Gallica.
- Riedel C.E., 1962. L’appréciation du potentiel d’un milieu. Un exercice d’agronomie à la lumière des exigences des plantes cultivées. In : C.E. Riedel, dir., L’étude du milieu naturel. Bull. Tech. Inf., 172 : 763-774.
- Riedel C.E., 1965. Le rôle du pédoclimat dans le conditionnement de la fertilité naturelle. Quatrième application : les sols de groies dans le département de la Vienne. Bull. Tech. Inf., 199 : 429-456.
- Riffault L., Cézard H., Pironnet G., Gandon F., 1937. Statistique agricole de la France, annexe à l’enquête de 1929. Monographie agricole du département de la Vienne. Ministère de l’agriculture. 299 p. Texte intégral sur Gallica.
